Pourquoi nous refusons l’aide financière de nos parents

Pourquoi nous refusons l’aide financière de nos parents

Aider ses enfants adultes, quoi de plus généreux ? A première vue, le sujet semble faire l’unanimité : quelle chance d’avoir des parents qui peuvent nous aider financièrement pour l’achat d’un bien immobilier, d’une voiture, ou de toute dépense conséquente.

 

Pourtant, je ne suis pas entièrement de cet avis. Nous avons même décidé de refuser une aide parentale substantielle pour l’achat de notre résidence principale. Et je me permets de vous conseiller, si vous êtes dans la même situation, de tout faire pour pouvoir vous passer d’aide extérieure. Pourquoi ?





A cause du pouvoir de l’argent et de ses dégâts

 

Peut-être certains ont-ils la chance d’avoir une famille qui sait aider tout en se tenant à la bonne distance. C’est alors une vraie bénédiction, car il semble que ces familles soient rares. Cet article ne s’adresse pas à vous, chanceux !

 

Malheureusement, en général, la personne qui participe au financement d’un achat important, a vite fait de considérer avoir un droit de regard sur la réalisation de l’opération. Un peu comme un actionnaire.
C’est humain.





 

Et, de fait, il arrive souvent que les parents/beaux parents d’un couple cèdent à l’irrépressible envie de s’ingérer dans les affaires de la nouvelle famille, après avoir participé au financement de sa résidence principale.

 

C’est ce qui a failli nous arriver, quand, jeunes et naïfs (enfin, c’était il y a trois ans, mais ça nous a fait vieillir vite !), nous avons accepté avec reconnaissance la « promesse de don » d’un de nos parents pour l’achat de notre résidence principale.
Heureusement pour nous, les choses ont rapidement pris une tournure suffisamment gênante pour nous mettre la puce à l’oreille.





 

A partir de cette promesse, la personne a considéré avoir un véritable droit de véto sur nos choix et un droit d’ingérance dans notre quotidien.
Tout à coup, les visites de notre généreux donateur/donatrice (je reste volontairement floue) sont devenues incessantes, nous devions rechercher dans un périmètre précis autour de son domicile, dans certaines villes et pas dans d’autres… Nos idées ne convenaient pas, nous devions faire comme on nous disait. Et le jour où nous lui avons annoncé que l’on orientait nos recherches vers le département limitrophe pour une question de budget, nous nous sommes entendus dire « si vous partez là-bas, je ne vous donnerai rien ! ».
Ce fut la goutte d’eau qui nous fît prendre conscience que nous étions en train de mettre le doigt dans un engrenage malsain.

 

Ainsi, bien réveillés par cette douche froide, nous avons décidé de refuser l’aide de cette généreuse personne, et le chantage qui l’accompagnait.
Certes, il nous a fallu nous éloigner plus loin encore du lieu de travail de mon mari, et avoir une pièce en moins, mais c’était le prix de la liberté.

 

Avec le recul, je considère comme une chance le comportement quasi théâtral de la personne en question, car il nous a permis d’ouvrir les yeux rapidement sur ce qui risquait de se passer si nous acceptions l’offre et nous soumettions à ses exigences. A coup sûr, nous n’aurions plus eu un week-end à nous, et toute notre vie aurait dû être soumise à son regard, sous peine de nous voir rappeler tout ce que notre bienfaiteur/trice avait « fait pour nous ».

 

Quelle est notre vie maintenant ? Avons-nous perdu au change ?

 

Eh bien, malgré une pièce en moins (une chambre d’enfants au lieu de deux), et un trajet légèrement plus long pour mon mari, le bilan est très positif. Nous sommes LIBRES. Personne ne se permet de nous faire la moindre réflexion, ni sur notre façon de vivre, ni sur notre appartement. Nous ne subissons plus de visites non désirées, et on ne discute plus nos choix. En résumé, nous sommes libres de dire « non » sans culpabilité. C’est une grande satisfaction pour nous, car nous sommes réellement maîtres de notre vie de famille.

 

Certes, nous n’habitons pas exactement le genre de ville dont nous aurions rêvé, et notre quartier est un peu moins agréable que ce que nous aurions pu nous offrir avec l’aide en question. Mais ces concessions sont beaucoup moins coûteuses que de devoir accepter qu’autrui ait un pouvoir sur notre vie.

 

Cette mésaventure est en fait devenue pour nous un moteur qui nous pousse à tout faire pour réussir par nous-mêmes, et à acquérir par notre propre discipline autant, sinon plus, que ce qui aurait pu nous être donné « généreusement ». Et, à vrai dire, nous avons déjà, en deux ans d’épargne intensive, réuni la somme qui nous avait été promise. 😉
En continuant sur cette lancée, nous devrions d’ailleurs, d’ici un an ou deux, pouvoir nous offrir la maison dont nous rêvons.

 

Je ne saurais que vous encourager à examiner les motivations profondes des personnes qui vous proposent leur aide financière. Certains sont bien sûr honnêtes, mais d’autres (même bien intentionnés au départ) ne résisteront pas à l’attrait du pouvoir que donne l’argent. Or, le plus sain pour un adulte, et plus encore pour un couple, est d’être maître de ses propres affaires.

Voilà pourquoi, si vous pouvez vous passer de l’aide financière de votre entourage, au prix de quelques concessions, je vous encourage à tenter l’expérience. Elle est extrêmement positive à la fois pour votre confiance en vous-mêmes, mais aussi pour le développement de votre patrimoine (se débrouiller par soi-même, c’est bien souvent avoir un moteur plus puissant que l’aide parentale – je vous conseille à ce sujet le livre passionnant The millionaire next door, dont un chapitre traite de cette question).

 

D’accord ? Pas d’accord ? Donnez-moi votre vision des choses.

18 réflexions au sujet de “Pourquoi nous refusons l’aide financière de nos parents”

  1. Effectivement, certaines personnes sont toxiques.
    Mais je ne pense pas que l’argent en lui même soit le déclencheur (bien qu’il soit aggravant). Ces personnes sont en générales tout le temps ainsi. (a des degrés divers)

    Concernant l’aide aux enfants, il y a aussi le point de vue patrimonial à prendre en compte.
    Avec un abattement par donation de 100k€ par parents/enfants tout les 15 ans, il est souvent intéressant, afin de limiter les frais de succession, de s’y prendre un peu à l’avance.
    D’où l’intérêt des donations.
    Un autre point est que souvent, on hérite de ses parents assez tard (78% des héritiers ont plus de 50 ans, et 56% plus de 60 ans), à un âge où le patrimoine est déjà construit, et donc l’héritage n’est plus forcément utile. Il peut donc être logique de donner une partie de ses héritages à ses enfants, qui eux sont en pleine construction de patrimoine.

    Pour finir, dans l’absolu l’aide des parents ne me choque pas et peux se révéler un atouts précieux. Par contre, chaque cas étant particulier, il convient d’adapter les principes généraux aux situations particulières.

    • C’est vrai que ces personnes sont souvent comme ça dès l’origine, mais pour leurs enfants il est parfois difficile de s’en apercevoir avant bien longtemps. On peut donc tomber dans le piège assez facilement et ne s’apercevoir que les choses tournent vraiment au vinaigre qu’une fois qu’il est trop tard.
      L’info sur l’aspect patrimonial est intéressante. C’est un arbitrage à faire en fonction de la personnalité des protagonistes.
      L’argent étant l’instrument de pouvoir le plus puissant, recevoir un héritage avant le décès de la personne me semble un peu dangereux. Mais comme tu le dis, chaque situation est particulière.

      • Juste une remarque sur les donations : afin de sécuriser votre status tout en préparant la succession, il existe le démembrement.
        En donnant la nu-propriété à vos enfants, il hériteront sans frais de l’usufruit à votre décès.
        En gardant l’usufruit, vous conservez le droit d’utiliser et d’exploiter un bien.
        C’est très pratique et assez utilisé dans l’immobilier.

  2. Je suis assez d’accord avec tes propos ne rien devoir à personne au risque d’un conflit dans un avenir proche ou lointain, c’est l’acquisition d’une liberté qui vaut de l’or.

  3. Nous faisons partie des parents qui pouvont aider nos enfants, mais….
    1- Nous avons préter pas offert
    2 – Les conditions de remboursements ont été fixées par écrit.
    3 – Nous n’avons participer à l’établissement du plan de financement
    4- Nous les avons laissés effectuer leur recherche et faire leur choix.

    En bref nous sommes restés bienveillants (petit cout de pouce!) mais discrets… Tout ce que l’on attend de ses parents…..

    Mais je d’accord avec vous c’est un sujet très délicat.

    • Merci Béatrice d’avoir partagé votre expérience.
      Je crois que le mot le plus important de votre commentaire est « bienveillants ». C’est sûrement l’ingrédient essentiel pour que les choses se passent bien quand les parents apportent une aide financière.

  4. Je partage ton point de vue. Se sentir dépendant de certains de ses proches n’est vraiment pas une situation confortable, on ne peut ensuite rien leur refuser et agissons selon leurs souhaits.

  5. j’ai la chance d’avoir des parents aidant et bienveillants! Ils nous ont donné une somme qui n’est pas folle mais nous a permis de concrétiser notre projet de maison, qui bloquait à peu de choses près (enfin peu de choses… tout est relatif!)
    Ils sont discrets, ne s’arrogent pas de droit de regard sur ce que l’on fait et ne sont pas envahissants du tout.
    Eux-mêmes ont pu bénéficier de l’aide de leurs proches quand ils étaient jeunes.
    Et comme dit mon père « autant que ça serve quand vous en avez besoin plutôt que ça dorme sur des comptes que vous toucherez à 60 ans »
    j’ai de la chance, j’en ai conscience.
    Mon mari, lui, c’est tout le contraire avec ses parents.
    Comme dans tout, il existe un juste milieu.

    Chez nous la famille c’est sacré, on s’entraide, quand on le peut, et quand on n’a pas de sous on s’aide autrement !!!!!

    Une amie me faisait remarquer que pour les parents c’était aussi une façon de se sentir encore utile et de maintenir les enfants adultes dans une position de dépendance, assez infantilisante. Mais si ça me permet de passer de 55m2 à 130 avec jardin, je fais avec 😉

    • Tu as de chouettes parents.
      En fait tout dépend de l’état d’esprit dans lequel la personne donne.
      Je suis tout à fait d’accord avec l’analyse de ton amie, et c’est vrai que c’est ce que je trouve gênant (maintenir ses enfants adultes dans une position de dépendance infantilisante). Le problème survient si les parents abusent ensuite de leur position dominante. Sinon, ça peut convenir, surtout si ça permet d’améliorer la qualité de vie. Mais je pense que l’aide doit rester très ponctuelle pour garder autonomie et motivation à gagner sa vie soi-même.

  6. On m’a prêté tout l’argent pour l’achat de la maison, avec remboursement signé chez le notaire… La personne qui m’a prêté l’argent le fait à taux 0, et la seule question qu’elle m’a posée a été « ça ne va pas te mettre en difficulté de devoir me rembourser x chaque mois, tu pourras le faire? ». Et voilà, ça fait plus d’un an, je l’ai revue de temps en temps, le sujet n’est même pas abordé, tout continue comme si j’avais fait un prêt à la banque (ce que je ne pouvais pas). Et mes parents, frères et soeurs m’ont aidé dans une période difficile, à un autre moment c’est moi qui ai aidé une de mes soeurs, ça tourne, et ça ne pose jamais de problèmes.

    • Bonjour Héloïse,

      Quand on a la possibilité d’avoir un prêt à taux 0 auprès de ses proches, c’est vrai que c’est intéressant. Tout dépend des relations, si elles restent saines malgré la présence d’argent, tant mieux et autant en profiter.
      Vous avez la chance d’avoir une famille sur laquelle vous pouvez compter, et c’est une grande richesse 🙂
      A bientôt,

      Aurore

Laisser un commentaire