Mères épuisées : comment notre société engendre le burn-out maternel

Aujourd’hui j’ai envie d’aborder un sujet qui n’a pas beaucoup de rapport avec les économies, mais qui se rapporte à la famille.
Puisque ce blog s’appelle Famille Econome, on est quand même à peu près dans le thème !


Avec mon mari nous avons deux enfants de 5 et 2 ans. On commence juste à sortir la tête de l’eau.


Pourtant nos enfants ne sont pas spécialement difficiles et même très mignonnes, mais s’occuper d’enfants, malgré tout l’amour que l’on a pour eux, c’est VRAIMENT fatigant.






Physiquement, à cause des nuits raccourcies (2 réveils de la petite cette nuit, et quand la nuit est complète, c’est réveil à 6h du mat’).

Nerveusement, à cause de l’attention constante dont il faut faire preuve pour éviter les accidents et répondre à leurs multiples sollicitations. Et ce, toute la journée si on s’occupe de ses enfants à plein temps.

Moralement, à cause du manque de soutien, de reconnaissance et de valorisation du rôle de parent dans la société française et auprès de l’entourage.
(Florilège de remarques débiles : « Tu les as voulus, ne te plains pas ! », « Pense à ceux qui n’arrivent pas à avoir d’enfants », « Et comment font les autres femmes ? »)







Pendant longtemps je me suis demandé comment faisaient nos arrière-grand-mères avec des familles souvent bien plus nombreuses.



Et hier j’ai compris, en discutant avec une voisine sénégalaise, qui m’avouait que n’ayant pas de famille pour l’aider en France, elle s’arrêterait à deux enfants.


Je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à être épuisée, et que ce n’était pas dû à une faiblesse culturelle ou générationnelle.


Elle m’a expliqué qu’au contraire, sa mère avait eu 15 enfants et n’en avait pas spécialement souffert, parce qu’au Sénégal, les femmes de la famille viennent aider la jeune maman qui vient d’accoucher, en faisant le ménage, la cuisine, le linge, et en s’occupant des aînés, pendant tout le mois qui suit l’accouchement.


Quel confort ! La jeune maman peut donc rester couchée avec son bébé et se reposer de la fatigue de la grossesse et de l’accouchement. Dans les années qui suivent aussi, m’a-t-elle expliqué, la famille est présente et il y a toujours quelqu’un pour donner un coup de main ou garder les enfants.







En France, nous avions aussi des pratiques similaires, et il est vraiment dommageable pour les femmes qu’elles aient été abandonnées (c’était la période allant de l’accouchement aux « relevailles »). Le père de mon mari m’en avait d’ailleurs parlé : dans sa jeunesse (ce n’est donc pas si ancien), les femmes restaient allongées pour se reposer pendant les 40 jours qui suivaient l’accouchement (cela servait aussi de prévention contre la descente d’organes). Pour que cela soit possible, il fallait que tout le quotidien soit pris en charge par la famille.


Ma mère m’a elle aussi raconté que ma grand-mère était venue l’aider les 15 premiers jours suivant ma naissance, et assurait le biberon de nuit pour que mes parents puissent se reposer.
Les grand-parents étaient bien plus présents qu’aujourd’hui. Mon mari a passé quasiment toutes ses vacances enfant chez ses grand-parents. Moi aussi j’y passais quelques semaines. Cela laissait aux parents le temps de souffler durablement.


Voilà comment faisaient nos arrière-grand-mères pour assumer des familles nombreuses et les tâches ménagères qui allaient avec. Elles avaient le soutien de la société (élever ses enfants n’était pas considéré comme une occupation débilitante pour fainéantes, mais comme une tâche honorable) et de leur famille.


Malheureusement pour notre génération, ces pratiques bienfaisantes pour les jeunes mamans sont beaucoup moins d’actualité.


A la maternité, à peine l’accouchement terminé, il faut déjà s’occuper jour et nuit de son bébé.
Il y a une trentaine d’années, à ma naissance, ma mère a passé une semaine à la maternité et me confiait chaque nuit à la nurserie où des puéricultrices s’occupaient des bébés pendant que les mamans se reposaient.


Mais quand j’ai accouché à mon tour, il n’y avait plus assez de personnel pour ça.
« Toutes les mamans pleurent la nuit ! » m’a dit une infirmière lors de ce premier séjour à la maternité. Ambiance !
Comment s’étonner du baby-blues, qui démarre d’ailleurs souvent là-bas. C’est en fait un mal de notre société qui ne soutient pas assez les jeunes mères.
Comment ne pas craquer quand on vient d’enchaîner 9 mois à porter un bébé, 15 à 30 heures d’accouchement éreintantes, et qu’on n’a même pas une seule nuit complète pour récupérer ?


Puis à peine rentrée à la maison, en plus de s’occuper du bébé, il faut enchaîner sur les courses, les repas, les lessives, le repassage, le ménage, les aînés, et le régime pour perdre ses kilos de grossesse…
Comment peut-on s’attendre à ce que les mères ne tombent pas d’épuisement ?


Les mentalités ont changé en quelques décennies. Il semblerait que, puisque l’on peut choisir d’avoir ou non des enfants grâce à la contraception, l’entourage considère qu’on n’a qu’à les assumer, puisqu’on les a voulus.


Et puis nos parents n’ont plus toujours l’intention d’être des papys et mamies gâteaux. Souvent, ils travaillent encore, ou comptent bien profiter de leur « nouvelle jeunesse » de seniors. Certains veulent bien donner un coup de main, mais pas si ça empiète sur leurs loisirs, ou alors un seul enfant à la fois, « faut pas pousser ». D’autres sont trop âgés et ne peuvent plus garder beaucoup d’enfants sur une longue période.


Nous avons peu de frères et soeurs et de famille élargie, nous vivons souvent à de grandes distances géographiques, et quand bien même ils seraient sur place, on n’est plus toujours disposé à donner un coup de main comme autrefois.


Et puis les mères d’aujourd’hui sont censées tout assumer avec brio : travail, enfants, mari, ménage, repas, repassage, loisirs, garder la ligne… et sans se plaindre !


Celle qui demanderait de l’aide s’exposerait à recevoir un refus assorti d’une remarque condescendante. On ose donc rarement avouer que l’on n’en peut plus.
On demande bien aux pères de mieux partager les tâches ménagères, ce qui est une aide, mais ne nous leurrons pas, cela ne suffit pas. Les pères sont eux aussi souvent fatigués et ne peuvent pas tout porter, eux non plus.


Pour pouvoir se reposer réellement, il faut souvent une coupure de quelques jours sans enfants. Deux heures de repos, par-ci par-là, ne suffisent pas à effacer plusieurs années de fatigue.
Prendre une baby-sitter, mettre le petit à la halte-garderie une demi-journée, ou faire une séance de shopping (je cite les conseils souvent donnés sur le net), c’est vrai que ça permet de souffler, mais pas de recharger durablement ses batteries. Pour cela, il faut plus que 2 ou 3 heures de répit.


J’espère donc aider à déculpabiliser les jeunes mamans qui, comme moi, se sentent souvent épuisées par les soins que demandent de jeunes enfants, et qui ne comprennent pas ce qui « cloche », parce qu’on leur serine que ce n’est « que du bonheur » (c’est un mensonge).


Mais j’aimerais aussi qu’il aide l’entourage à comprendre les difficultés par lesquelles passent les jeunes parents autour d’eux, afin que l’on soit plus enclin à proposer une aide, un baby-sitting, un plat mijoté avec amour, une panière de linge repassée, ou même une visite, à une jeune maman qui n’ose pas demander.


Les femmes qui ont déjà vécu la maternité doivent aider les jeunes mères. Personne n’est mieux placé qu’elles pour savoir par quelles difficultés elles passent.
D’ailleurs, mesdames, c’est souvent vous qui mettez la pression aux jeunes mamans, qui regardez de travers une mère qui prend une femme de ménage alors qu’elle n’a pas de famille nombreuse, ou qui prend une baby-sitter ou laisse les enfants à la cantine alors qu’elle est femme au foyer.


Si tant de jeunes parents sont aujourd’hui épuisés, il faut aussi que la génération précédente se remette un peu en question. Alors on arrête les voyages, les loisirs, le jeunisme, la crise d’adolescence de la cinquantaine, on assume son âge, et on prend les petits-enfants quelques jours régulièrement pour permettre aux jeunes parents de souffler. Bref, on donne à la génération suivante ce qu’on a soi-même reçu de ses propres parents.
Si chaque génération est à son poste, les familles ne pourront que mieux s’en porter.


Et vous, avez-vous ressenti cette fatigue ? Qu’avez-vous mis en place pour y remédier ? Que vous ayez ou pas des enfants, que pensez-vous de ce sujet ?



Si vous êtes intéressé par la question de l’épuisement maternel, je vous recommande ces livres très intéressants :

18 réflexions au sujet de “Mères épuisées : comment notre société engendre le burn-out maternel

  1. J’avoue que je suis pas mal d’accord avec ton article !

    En plus de notre côté, les grands parents vivent loin. La mère de mon mari à plus de 700 km, mes propres parents ont déménagé l’année dernière à plus de 1500km !
    Nous sommes tous les deux fils et fille uniques. Bref personne pour souffler.

    On profite donc dès qu’on peut (passage de mamie ou embauche d’une babysitter) pour une soirée en amoureux.
    Mais la babysitter revient cher (en plus du coup de la soirée) et mamie ou papi sont donc… trop loin pour venir régulièrement.

    Bref, on attend (impatiemment) que Fiston grandisse pour qu’il puisse… rester tout seul ! Pas avant encore au moins 5 ans (il a 3 ans et demi).

    Mais bon, au moins j’ai « la chance » de travailler à la maison, ce qui fait que je n’ai pas de transports (mais j’ai Fiston à garder). J’ai en effet également une femme de ménage, 2 fois par mois, pour les tâches les moins « funs » pour moi.

    • Bonjour Kategriss,
      On est en quelque sorte dans le même cas et c’est vrai que ce n’est pas évident.
      On a eu pas mal recours aux babysitters nous aussi, c’était bien mais ça oblige à sortir, donc pas idéal pour se reposer.
      C’est vrai qu’un jour les enfants seront assez grands pour se garder tout seuls. Ca me paraît tellement lointain que je n’y pensais pas !
      Bon courage pour les 5 prochaines années ! Je commence à tester les échanges de services avec d’autres parents (garde d’enfants, cantine à la maison) et c’est pas mal quand on a la chance d’en connaître (mais via l’école c’est assez facile).

  2. Hello Aurore! Merci pour ce post. IL y a tant et tant à dire sur le sujet… je réagis à chaud:

    Moi j’ai carrément fait un burn out pour ma deuxième …
    L’impression de ne pas y arriver, tout simplement;

    Les 15 premiers jours, une voisine marocaine venait presque tous les jours m’apporter des repas préparés par ses soins, j’étais super gênée et elle m’a dit « c’est normal, vous les français vous ne savez pas accepter de l’aide quand vous en avez besoin ». Et c’est tellement vrai! Même si une grand mère propose de l’aide, j’avais tendance à dire « non non c’est bon je gère ».
    Un conseil les filles : Accepter l’aide qu’on vous propose!!!!

    Maintenant c’est la course permanente aux horaires de crèche, je prie pour que les enfants ne tombent pas malades si j’ai une présentation importante au travail, car évidemment mon mari vient juste de reconnaître qu’effectivement il avait droit à des jours enfants malades… ça a été une vraie bataille pour lui faire reconnaitre que c’était autant son problème que le mien!!! Dingue!!! La génération papa poule tu parles!!!! Il faut arrêter avec ça, c’est dans les médias ça, je vois bien autour de moi que ce sont les mères qui assument tout, dans 90% des cas. Et le papier à signer pour l’école, penser aux affaires de piscine le jeudi, laver le pull chaud car la météo se refroidit, racheter des chaussure pour le grand, prendre rendez-vous 3 mois à l’avance pour les vaccins…. penser, penser, penser…

    Maintenant on a mis en place un calendrier de répartition des tâches, à la journée, la semaine, le mois, tâches exceptionnelles… et c’est affiché sur le frigo. je pensais que ça me sauverait la vie mais ça ne sert à rien car mon mari ne fait pas ce qu’il est censé faire dans le tableau. Donc engueulade.

    Moi les grands parents sont toujours en vadrouille, je peux compter sur eux pour les vacances scolaires par contre mais c’est toujours hyper galère à organiser car il y’a d’autres petits enfants avec des familles recomposées donc la gestion des agendas je te dis pas!!! Encore du stresse. Et ma BM a toutes ses activités de loisirs… le mercredi!!!!! Elle n’est pas loin mais du coup le stretching passe avant et elle ne peut venir me dépanner si un enfant est malade ou autre. Et après elle se plaint de ne pas voir assez ses petits enfants ….

    Je pense comme tu le dis à demi mot que la génération de nos parents a été une génération gâtée, ils n’ont connu ni la guerre ni la crise ni le chômage (les miens ont 70 ans) ils ont une bonne retraite et ils ne comprennent pas du tout de quoi on se plaint.

    Bref, désolée pour ce long message mais en effet je suis pour ma part totalement épuisée, je n’y arrive pas, je suis sous l’eau et personne ne m’aide davantage pour autant. Pas de budget pour la femme de ménage car la garde des enfants est déjà un gouffre. ça me met en colère…

    Ha si, on a mis un truc en place avec un groupe d’amis, on se prend les enfants des uns et des autres à tour de rôle pour un week-end, avec mes voisines on se fait des « cantines », du genre le mardi je prends le tiens le jeudi tu prends le mien.. c’est pas grand chose mais ça aide!

    • Hello Mathilde !
      Je suis contente d’avoir de tes nouvelles même si ces derniers temps ça n’a pas été facile visiblement. Je suis désolée d’apprendre que c’est si difficile. Quel âge a ta petite ? Pour ma part j’ai l’impression que les 2 premières années sont les plus dures, et que ça commence à aller mieux peu à peu une fois le cap des 2 ans passé.

      Tu as raison, il faut surtout accepter l’aide qu’on nous propose. Bon, encore faut-il que quelqu’un propose ! 🙂 Ta voisine a été super gentille de te préparer des repas après ton accouchement, c’est une superbe attention. Il y a encore beaucoup de cultures où on prend soin des femmes qui viennent d’avoir un enfant, c’est rassurant.
      Je suis désolée d’apprendre que la répartition des tâches avec ton mari n’est pas facile. C’est vrai que c’est souvent aux mères de penser aux petites choses du quotidien, et c’est fatigant mentalement. Et comme ce sont de petites choses ça passe totalement inaperçu, c’est considéré comme normal, ça ne mérite pas un merci ni bravo.

      Sympa la grand-mère qui fait en sorte de ne pas être dispo pour le « jour des enfants », le jour le plus épuisant de la semaine…

      C’est vrai que ça aide bien les échanges avec d’autres parents. Nous aussi on commence à mettre ça en place.

      Bon courage chère Mathilde. Je vais t’envoyer un mail.

  3. Bonjour,
    je suis d’accord avec le fond de ton article : ne pas se sentir seule à gérer aide sûrement beaucoup. Mais notre société est devenue individualiste. Accuser les grands – parents d’égoïsme, admettons, mais sera – t -on là pour s’ occuper d’eux vieillissants ? Autrefois ils finissaient leur vie dans la famille, pas seuls ou en maison de retraite. Je me sentirais bien incapable de prendre ce poids sur mes épaules. Alors je préfère encore m’occuper des enfants sans aide extérieure. ..car moi aussi je suis égoïste. Je ne veux pas avoir ma belle – mère sur le dos ! (de toute façon elle habite loin et je ne lui confierais jamais mes enfants).

    • Bonjour Vérone,
      C’est une question intéressante.
      C’est vrai qu’un avantage qu’il y a à ne pas avoir de grand-parents sur place, c’est qu’on n’a pas besoin de les supporter !
      Les relations ne sont pas toujours faciles, c’est sûr, surtout si ce sont des Tatie Danielle…
      Mais si ce sont des personnes respectueuses et bienveillantes, pour ma part ça ne me dérangerait pas de les avoir à côté et de m’en occuper quand ils seront très vieux.
      Par contre les Tatie Danielle, je les mettrais moi aussi à l’hospice 😉 Je ne sais pas si c’est de l’individualisme ou bien du bon sens…
      Si ta belle-mère est de ce type, je comprends ton opinion.

  4. Je suis maman de 3 enfants, je suis infirmière et je travaille de nuit pour une meilleure organisation pour la gestion des enfants. Mon mari meme s’il est fonctionnaire à des horaires de fou… Et comme tu le dis faire garder les enfants par les grands parents relève d’une épreuve de force ( une grande mère qui bosse et des grands parents retraités qui sont soit trop occupés en voyage ou fatigués au retour) c’est vrai que ca rejailli sur le couple car on a plus de temps pour le couple…. Bref pas facile mais je suis soulagée de savoir que je suis pas seule

    • Merci pour ton témoignage Maman est en blouse blanche, j’ai bien l’impression que tous les jeunes parents ou presque sont dans le même bateau.
      Pour nous, les babysitters nous permettent de souffler quelques heures mais une semaine sans enfants serait le rêve pour se reposer. Un rêve qui deviendra peut-être réalité à l’avenir, je l’espère !
      Bon courage !

  5. Je suis d’accord avec vous sur un point: les jeunes maman ne reçoivent pas assez d’aide!
    Mais ne comptez pas sur la génération précédente (la mienne) pour vous donner un coup de main, c’est juste impossible.
    Mes enfants, je les ai également élevés sans l’aide des grands parents, il y a 30 ans, ça ne se faisait déjà plus.
    Il faut remonter encore d’une ou plutôt deux générations pour retrouver le modèle dont vous parlez (c’est à dire à l’époque de ma grand-mère!). Et ce n’était pas toujours rose, car ok la belle-mère donnait un coup de main, mais c’est aussi elle qui décidait de tout (l’éducation des enfants, le régime alimentaire,…), vous imaginez ça aujourd’hui?????
    Et savez-vous pourquoi elle pouvait s’occuper des enfants??? Et bien parceque ses propres parents étaient morts!
    Ma génération a élevé seule ses enfants et lorsque ceux-ci prennent leur envol, espère avoir quelques années (pour certains c’est zéro) pour souffler avant de se retrouver coincée par le parkinson-alzeimer de ses propres parents, alors ne comptez pas sur elle pour, en plus, s’occuper des petits enfants.
    Ma génération « sature »!!!!!!!

    • Bonjour Sophie, et merci pour votre commentaire.
      Même si la présence des grand-parents devait être un peu étouffante, je pense qu’elle devait être tout de même bénéfique à bien des égards. Pour ma part ma conception de l’éducation n’est pas différente de celle des générations précédentes, et je pense que la présence et l’influence éducative des grand-parents devait être bénéfique. On a d’ailleurs tendance à dire que les générations précédentes étaient mieux éduquées qu’aujourd’hui, j’y vois un lien direct. Car ce que je suis bien obligée de remarquer au quotidien, c’est qu’il faut une énergie et une détermination surhumaine pour (bien) élever des enfants, et qu’à deux ce n’est pas toujours facile. L’usure fait qu’on est tenté de laisser tomber les principes.
      J’aimerais bien, parfois, que des gd-parents soient là pour appuyer nos efforts éducatifs, donner quelques conseils, recadrer les enfants eux aussi. Si ma belle-mère veut les obliger à manger des légumes, ma foi ça ne me choque pas 😉
      Cela dit, je ne prône pas la présence constante des grand-parents, mais une aide au moins de temps en temps, par exemple soyons fou, une fois par mois ! 😉
      Très honnêtement, j’entends vos arguments, mais je ne connais pas beaucoup de familles où votre génération doive tant s’occuper de ses parents qu’elle n’ait pas la possibilité d’aider ses enfants. J’ai bien peur que ce soit souvent un prétexte.
      Chez nous par exemple, la plupart des arrière-grand-parents sont décédés depuis belle lurette, et les rares qui restent sont autonomes. Pour autant nous n’avons pas d’aide de grand monde. On nous a même dit, à la naissance de l’aînée, « ne compte pas sur moi pour la garder ».
      Je pense qu’il s’agit souvent d’une question d’égocentrisme, de mentalité « j’ai bien le droit de… ». C’est d’ailleurs généralisé à toute notre société. On oublie souvent aujourd’hui, qu’avant d’avoir des droits, on a des devoirs. Mais ça, c’est un gros mot, semble-t-il.

  6. Bonjour ! D’abord merci, c’est vraiment déculpabilisant…

    Ces temps-ci je me sens paresseuse, c’est-à-dire fatiguée sans que j’en perçoive de raison valable…
    Mais finalement, les raisons sont peut-être valables.

    J’ai 3 enfants de 4, 7 et 10 ans. Mon 3e a le TDAH impulsif-agressif et n’est pas encore traité depuis plus d’un an qu’on le sait. Son père s’y opposait, mais il vient de changer d’idée. Il s’en est occupé de façon plus intensive dernièrement. Pendant longtemps, il disait qu’il préférait lui donner une petite tape de temps en temps plutôt que de le droguer aux médicaments, mais il s’est rendu à l’évidence: l’atmosphère est invivable à la maison, les deux autres enfants mangent les coups de mon deuxième qui est carrément incontrôlable… Je sais que les médicaments ne font pas de miracle, mais j’espère quand même une amélioration, sans oser tout à fait y croire…

    J’ai fait un burnout il y a deux ans. Mon mode de vie de l’époque: travail à temps plein sur des projets hyper stressants, avec études à temps partiel en gestion (MBA) – ça me bouffait 20h par semaine, que je m’obligeais à faire pendant que les enfants dormaient pour qu’ils ne subissent pas d’impact de mes études. Longues heures de transport pour le travail, mais au moins mes études étaient à la distance (non, ça n’en fait pas un diplôme à rabais). Mon mari travaillait avec 40% de son temps sur des voyages à l’étranger, je m’occupais de tout. J’ai épaté plein de monde avec mon rythme de fous… Maintenant, je leur dis tout le temps que ce n’est pas un exemple à suivre, que j’ai dû m’arrêter complètement pendant 1 an, que j’ai passé à pleurer dans mon salon, incapable de rien faire. Faut pas suivre cet exemple.

    Ça fait maintenant un an que je suis retournée au travail, de façon très, très progressive. Mon mari a lâché sa job pour me soutenir pendant cette période (burnout et période de retour au travail). Mes horaires ont été ajustées, je suis maintenant sur un horaire stable à 4 jours par semaine (vous devriez voir le regard de jalousie de mes collègues, même s’ils sont très compréhensifs), mes études sont terminées (j’avais craqué la semaine après la fin du dernier cours, complètement au bout de mes réserves d’adrénaline). Mon patron évite de me mettre trop de pression. Mais maintenant, mon mari a repris ses voyages (pas beaucoup, qu’il dit, 1 semaine de temps en temps, mais il sous-estime). N’empêche qu’il aide énormément quand il est présent (en fait, il en fait souvent plus que moi à la maison). Mes parents m’aident quand ils peuvent, mais ma mère vient de se faire opérer le genou et est immobilisée pour encore un mois…Mes enfants sont inscrits à plein d’activités après l’école. J’ai arrêté les médicaments.

    Maintenant, je me sens fatiguée, écoeurée de ma job. Sauf que je n’ai pas les hallucinations d’avant mon burnout. Donc je me dis que je suis seulement paresseuse. Je rêve d’être mère au foyer, puisque du travail à temps partiel, ça n’a pas l’air d’exister dans mon domaine. Les mères des amies de ma fille le sont presque toutes ! Les chanceuses, oui, je suis terriblement jalouse. Gros MAIS: le revenu principal de la famille, c’est moi. Les assurances, c’est moi. Mon mari est travailleur autonome et n’a pas de constance dans ses revenus. Lui rêve de luxe, moi je rêve d’avoir du temps pour rénover, bricoler, coudre, patenter des trucs peut-être tout croches que je n’aurai pas besoin d’acheter, et qui seront à mon image… Et ma maison toute modeste, je l’ai achetée à gros prix au sommet de la bulle spéculative, quand je n’en pouvais plus d’entendre les voisins d’en-dessous cogner dans le plancher à chaque fois que les voisins du dessus bougeaient.

    Je suis un peu perdue…J’en viens à me demander si ce n’est pas une maladie mentale qui revient… mais pas assez forte pour justifier un arrêt de travail avec des prestations… Je ne veux pas attendre d’être rendue là pour arrêter. Je ne veux pas survivre grâce aux pilules. Je veux arrêter maintenant. Mais comment ?

    Pour l’aide de la famille élargie, ça ressemble à ça: mon père travaille plus qu’à temps plein, quand il en revient, il est fatigué. Ma mère aidait avant son opération, maintenant elle ne peut évidemment plus. Mes beaux-parents sont sur un autre continent, ma sœur aussi. Je pourrais peut-être avoir de l’aide de mon frère, ou engager une femme de ménage, faire faire ma lessive à gros prix à la buanderie… Mais comment expliquer: les travaux manuels, le ménage est une détente pour moi, c’est mon seul loisir, un moment où je peux mettre mon cerveau à OFF et arrêter de réfléchir… jusqu’à ce que ma grande fille, vrai moulin à parole, exige que je l’écoute et que je lui réponde. Ça c’est trop dur…

    On peut dire que j’ai la chance d’être suivie par une psychiatre, mais ce que je commence à comprendre, c’est que c’est NORMAL que je sois fatiguée, écoeurée de ma vie. Que j’ai besoin de faire des changements majeurs. Et que mon mari, s’il ne peut pas vivre dans un maison modeste et qu’il a trop honte quand j’achète des choses usagées, devra peut-être quitter. Même si on s’aime. Même si ça veut peut-être dire que je serai prise avec la garde complète des enfants, à cause de ses voyages fréquents, ce qui est épuisant. Mais comme il me l’a dit lui-même, c’est moi qui ai choisi de ne pas me faire avorter.

    En tout cas, quoiqu’il en soit, merci de m’aider à déculpabiliser de me sentir fatiguée malgré tout.

    • Bonjour Emilie,
      Je vous remercie pour votre commentaire et je suis contente que cet article vous aide un peu à déculpabiliser de vous sentir fatiguée.
      On voit que vous avez assumé beaucoup de choses et je crois bien qu’il est normal de finir par craquer dans ces conditions.
      Vous semblez vivre une période de crise, comme vous le dites, il y a peut-être des changements à faire, et cette crise en est sûrement l’occasion. Les moments difficiles peuvent permettre de créer quelque chose de nouveau et de meilleur.
      Je ne parle pas de séparation avec votre mari, car comme vous le pressentez, la vie risque d’être encore plus difficile après. En tout cas il faut tout essayer avant d’en arriver là. Mais peut-être que votre travail ne vous convient pas/plaît pas, ce n’est pas forcément signe de maladie mentale. Peut-être avez-vous besoin de prendre des « vacances » seule, en tout cas sans les enfants. Si oui, pouvez-vous trouver un moyen de les faire garder plusieurs jours régulièrement, par exemple chez des copains/copines ? Et/ou une baby-sitter qui gère les enfants pendant que vous vous reposez ? Il n’y a pas de honte après la période difficile que vous avez vécue.
      Surtout, il faut demander de l’aide. Peu de gens refusent d’aider quelqu’un qui a besoin d’aide, mais encore faut-il en parler, même si ce n’est pas facile.
      « Demandez et vous recevrez ». Il y a des solutions, il se peut que ces temps difficiles soient le déclencheur qui va vous permettre de les trouver.
      Bon courage chère Emilie et j’espère que vous reviendrez plus tard sur mon blog donner des nouvelles réjouissantes.

      Aurore

  7. Bonjour, J’ai 31 ans et 7 enfants de 10 ans, 8 ans, 6 ans, 5 ans , 3 ans, 19 mois et 6 mois.

    Depuis ma dernière grossesse, tout a basculé: après tout un tas d’examens médicaux qui ne révèlent pas de problèmes particuliers, les médecins me parlent maintenant de « burn-out »

    Mère au foyer, je m’occupe de la maison, de la cuisine, du ménage, du linge (et avec 9 personnes à la maison il y a du boulot!) de tout l’administratif/organisation, et j’ai fait l’école à la maison à tous mes enfants jusqu’à septembre dernier , et depuis septembre seul l’aîné est au collège, donc cette année il me reste quand même 6 enfants 24h/24: niveau CE2, CP, maternelle grande section et maternelle petite section (+ les deux bébés à gérer pendant les temps d’école) Dans le cadre de l’école à la maison les enfants font également beaucoup d’activités extérieures: musique, sport et bien sûr c’est moi qui gère tout cela et qui les emmène partout (en emmenant tous les petits évidemment, donc prévoir les couches, biberons, etc)

    Mon mari fait beaucoup pour m’aider, il s’occupe de tout l’extérieur, des travaux, donne un coup de main en cuisine parfois, m’aide à coucher les enfants, les mettre en pyjama, changer les couches… mais bien sûr il est souvent absent de par son travail d’ouvrier, travail très prenant et très fatiguant. Je ne vois pas ce qu’il pourrait faire de plus.

    Mes beaux-parents, inutile de compter sur eux. Surtout mon beau-père… si déjà il acceptait de dire bonjour à son fils et de faire comme s’il existait, ce serait énorme… Ma belle-mère accepterait de les garder chez elle (à condition que Mr mon beau-père donne sa « bénédiction », ce qui n’est pas gagné)… mais ne viendrait pas proposer ses services ici… Ils ont eu 15 enfants mais ne semblent pas comprendre l’importance d’une relation d’affection!

    Mes parents m’aident du mieux qu’ils peuvent, malgré la santé qui n’est pas toujours au rendez-vous ils en prennent régulièrement 1 ou 2 enfants pour une ou deux nuits, quand j’ai un rv médical ils acceptent souvent de venir en urgence, le mercredi après-midi jour des activités ils viennent parfois garder les petits, et tout cela malgré la distance de 40km donc 80kms aller-retour! Eux-même n’ont eu aucune aide pour nous élever (4 enfants) ça ne se faisait déjà plus à l’époque… Donc je ne vois pas bien ce qu’ils pourraient faire de plus…

    Malgré cela là je me suis pris ce gros burn-out en plein dans la figure (ça a commencé avec une violente crise de tachycardie, j’ai du partir à l’hôpital) et je ne sais pas comment sortir la tête de l’eau…. comment guérir!?

    Pas de grosses finances non plus (un seul salaire d’ouvrier pour 9 personnes) donc impossible de payer une nounou pour par exemple une semaine de répit…

    Demander de l’aide, oui mais comment, à qui!? Nous sommes très seuls, les familles nombreuses aujourd’hui sont très mal vues , en gros c’est « tu les a a voulu, tu assumes »

    Bine sûr j’ai pensé à scolariser les petits, mais quand je vois les programmes suivis par mon aîné au collège, je me dis que je sais pourquoi ils n’y sont pas !!! et je ne vois pas comment prendre le risque de les confier à l’Education nationale au moins pendant leurs premières années de scolarité, car c’est là que tout se joue tant en termes de confiance en soi qu’en termes de bases d’apprentissage!

    Je sais que j’ai besoin de repos mais ne sait pas comment le prendre.. tous les 2 jours environ je passe une nuit totalement blanche, autant vous dire que le lendemain ce n’est pas la joie!

    Le regard malveillant de la société , et le manque de reconnaissance (je suis considérée comme « inactive/sans profession » ) est une des choses qui joue le plus en notre défaveur…

    C’est l’ensemble de la société qui a un problème, on ne reconnait plus la valeur « famille » les gens sont de plus en plus considéré comme des individus, même dans le domaine professionnel, les patrons n’en n’ont rien à faire de connaître la famille de leurs ouvriers, mon mari travaille dans une entreprise composée de 5 personnes et je n’ai jamais rencontré les deux patrons, juste aperçu au hasard d’une sortie… c’est comme si on était transparents… Et je pense que cela est voulu au niveau le plus haut, rien n’est fait pour soulager les mères et reconnaître enfin leur travail

    • Chère maman épuisée,

      Je suis touchée par votre message. Je vous félicite pour votre grande famille, je trouve les familles nombreuses magnifiques.
      Je comprends tout à fait que vous soyez épuisée, car s’occuper de ses enfants à plein temps est très fatigant, surtout avec deux bébés et cinq plus grands.
      Et vous les instruisez vous-mêmes en faisant l’école à la maison, c’est vraiment admirable.
      Je vous rejoins tout à fait sur le manque de soutien familial, l’individualisme, et le mépris de la société envers les mères au foyer. Cela pèse sur le moral.

      Pour aller mieux, il faudrait saisir toutes les opportunités pour pouvoir vous reposer. Il y a des solutions, il faut trouver les vôtres.
      Faire garder les deux plus petits au moins un jour par semaine (assistante maternelle, crèche, halte garderie), inscrire les enfants au centre aéré pendant les vacances, les répartir pour une nuit chacun chez un copain et les petits chez les grand-parents (ça vous ferait 24h de repos)… Ou carrément laisser les enfants un week-end avec le papa (bien sûr il faut qu’il soit motivé) et aller vous reposer chez vos parents. Si vous préparez les repas à l’avance juste à réchauffer par exemple, ça peut se faire.
      Connaissez-vous d’autres parents faisant l’école à la maison pour échanger des services ? ou des amis ? des frères et soeurs qui vous donneraient un coup de main ? Vous venez de deux grandes familles vous et votre mari, il y aura peut-être quelques personnes de bonne volonté sur qui compter.

      L’école, c’est vrai, ce n’est pas sensationnel, mais vous pourrez toujours compléter les apprentissages à la maison (par exemple leur apprendre à lire vous-même, etc.). Ca pourrait bien être une solution, de dernier recours. Prenez soin de vous car vous êtes le pilier de la famille.

      • Merci pour votre réponse… bienveillante!
        24h de repos, oui, c’est envisageable; mais cet été, étant au plus mal, on a réussi à m’aménager une semaine entière de repos avec juste mon nouveau-né, et çà n’a pas servi à grand chose: j’ai alors réalisé qu’un vrai burn-out comme celui que je suis en train de vivre, avec de réels symptômes physiques invalidants, c’est minimum 6 mois de repos… C’est d’ailleurs ce qui se pratique dans le milieu professionnel: arrêt maladie de longue durée. Mais en France rien n’est prévu pour les mères qui doivent faire face à un souci de santé…
        Les autres parents qui font l’école à la maison, sont tellement débordés eux aussi qu’ils ne prendront pas une charge supplémentaire…
        Les frères et sœurs, sans parler de l’éloignement géographique, ont eux aussi des familles nombreuses donc non ce n’est pas possible…
        Pour l’école, il faut que j’y réfléchisse mais si vraiment je n’ai pas le choix ça restera une décision très douloureuse à prendre… et je sais que j’aurai du boulot le soir pour refaire les cours…
        Merci encore pour vos encouragements, ça fait chaud au coeur!

        • Oui, là, c’est vraiment le vrai gros burn out alors… ça se comprend avec toutes les charges que vous assumez.
          Je ne sais comment vous conseiller.
          Tout ce que je peux vous dire, c’est d’être indulgente envers vous-même, de ne pas fixer la barre trop haut. Si besoin, changez d’organisation sans le vivre comme un échec. Je sais que c’est facile à dire… !
          C’est vrai que l’école tient plus d’une garderie que d’autre chose, mais si besoin, servez-vous-en. Vous avez justement besoin qu’on garde vos enfants pendant que vous vous reposez. Vous assurerez juste la base pendant les vacances ou le week-end, mais de façon light. Lire, écrire et compter, voilà le principal avant le collège. Tant pis si les enfants ne connaissent pas l’histoire de France mieux que leurs camarades. Mais ne refaites pas les cours le soir, ce sera épuisant pour tous. Et une fois requinquée, vous pourrez toujours refaire l’école à la maison si vous le souhaitez.
          Plats surgelés et dessins animés seront aussi vos alliés 😉 Quand ça ne va pas, il faut lâcher du lest sur les principes et se faciliter la vie.
          J’espère que vous trouverez sur quels points agir pour aller mieux. Je vous envoie tout mon soutien.
          Aurore

Laisser un commentaire